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Alimentation, produits ménagers, mobilier, à la maison aussi l’effet cocktail existe.

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L’effet cocktail des perturbateurs endocriniens

L’exposition simultanée à plusieurs produits chimiques pourrait augmenter leur dangerosité.

L’effet cocktail : qu’est-ce que c’est ?

Produits ménagers, pesticides, médicaments, emballages plastiques, pollution de l’air… les organismes vivants sont aujourd’hui en contact permanent avec une infinité de substances chimiques. 
Présentes dans la nature ou fabriquées par l’homme, ces substances peuvent être plus ou moins toxiques. Certaines sont déclarées comme sans danger en deçà d’une certaine dose : on parle alors de dose journalière admissible (DJA) exprimée en mg par kilo de poids corporel et par jour (mg/kg/jour). 

Prenons par exemple le cas des édulcorants

  • DJA de la saccharine : 5 mg ;
  • DJA du cyclamate : 7 mg
  • DJA de l’acésulfameK :  9 mg
  • DJA de l’aspartame : 40 mg
  • DJA de glycosides de stéviol (stévia) : 4 mg

Pris isolément, ils sont bel et bien considérés comme inoffensifs. Cependant, ils ne sont jamais consommés seuls : le yaourt contiendra de l’aspartame, le plat préparé de l’acésulfame K, la dosette du café des glycosides de stéviol, etc.
L’effet sur l’organisme de ces accumulations est ce que l’on appelle l’effet cocktail.

Une infinité de cocktails

Si un chercheur s’attelait à la tâche de déterminer les effets des mélanges de ces substances, il serait dans l’obligation de tester toutes les possibilités de mélanges soit 25 pour notre exemple sur les édulcorants !
Pour calculer finement les risques, il lui faudrait en outre :

  • Détecter les milliers de substances chimiques présentes dans l’environnement et les croiser avec ces 25 mélanges ;
  • Mesurer les taux hormonaux à un temps T de l’individu concerné les perturbateurs endocriniens agissant sur les hormones et prendre en compte son âge, son sexe, son alimentation, son hygiène de vie, etc. ;
  • Juger des capacités de stockage et de largage des organes et tissus. Certains individus étant plus aptes à éliminer les poisons que d’autres ;
  • Inventorier toutes les possibilités d’interactions et déterminer leur toxicité et revoir par conséquent les doses journalières admissibles…

Un véritable travail de Titan qui n’explique pas à lui seul l’absence de données sur les effets cocktails.

Cibler les risques

Les toxicologues doivent à Paracelse l’un des piliers de leur pratique : rien n’est poison, tout est poison, seule la dose fait le poison. Force est de se rendre compte aujourd’hui que ce n’est plus vrai. Une petite dose du poison X mise en contact avec une dose infinitésimale du poison Y peut décupler ses effets nocifs ou au contraire… les neutraliser ou créer un « nouveau toxique » plus puissant. Mais comment le savoir ?

Afin de résoudre cet écueil, les scientifiques tentent aujourd’hui de dresser des profils toxicologiques de produits ciblés dont ils tirent des modèles mathématiques prédictifs. C’est ainsi qu’en 2017, l'Inserm et l'Université de Brunel à Londres ont pu, à partir de 27 molécules sélectionnées, prouver pour 11 d’entre elles, leur action perturbatrice sur le système endocrinien. 4 mélanges ont été testés in vitro sur le testicule fœtal humain.

De fait :

  • l’effet nocif de certaines molécules a été multiplié par un facteur 10 à 1 000 en présence d’autres substances.
  • les mélanges contenant plus de 3 composés ont modifié le développement de l’organe.
  • des doses faibles voire très faibles mais simultanées de perturbateurs endocriniens ont un effet sur le fœtus, en particulier au cours du 1er trimestre de gestation.
  • Il est possible de s’appuyer sur des modèles mathématiques pour tester l’effet cocktail des multi-expositions.

Il faut espérer une généralisation de cette approche qui mêle expérimentations et modèles mathématiques.

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