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De nombreuses théories scientifiques sur le vieillissement

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Les théories du vieillissement : eldorado scientifique

Comment les scientifiques voient-ils le vieillissement au niveau cellulaire ?

Les théories du vieillissement sont de plus en plus nombreuses. Normal, puisque l’on cherche à lutter contre ou pour le moins à en limiter les désagréments. Si gènes, télomères, radicaux libres et hormones font objet d’études médiatisées, les cellules et leur fonctionnement sont au centre de théories secondaires ou plutôt moins connues.

La défaillance des mitochondries

Les mitochondries sont de petits organites cellulaires, véritables centrales énergétiques. Leur dysfonctionnement semble être une caractéristique du vieillissement. Il pourrait être provoqué par une altération de communication entre le noyau de la cellule et la mitochondrie. Il a de nombreux effets négatifs sur le métabolisme cellulaire.

La « caramélisation » des protéines

Par excès de sucre dans le sang, les protéines réagissent et se modifient : on parle de glycation qui conduit à la formation de molécules glyquées. Découvert en 1911 par Louis-Camille Maillard, ce phénomène physico-chimique agit aussi bien à l’extérieur de l’organisme qu'au cœur de nos cellules. L’exemple le plus « visuel » est le brunissement des aliments cuits à haute température (pain, biscuits, fritures…). Une partie des produits glyqués provient de l’alimentation, une autre est fabriquée dans l’organisme. Ces produits se fixent sur des récepteurs cellulaires et provoquent l’augmentation du stress oxydatif et la production de molécules pro-inflammatoires. 70 % serait stocké dans les différents tissus, 30 % excrété par les reins dont l’efficacité diminue à partir de 50 ans, ce qui explique leur augmentation avec l’âge. Des études ont montré un lien clair entre l’inflammation, le stress oxydant, les produits glyqués et les maladies chroniques qui se développent avec l’âge (1).

A noter : des études assez récentes suggèrent que, même si les produits endogènes de la glycation augmentent avec l’âge, ceux issus de l’alimentation « moderne » représentent la majorité des apports et sont responsables des pathologies liées à l’âge (2). En effet les produits d’origine alimentaire se comptent en milligrammes, ceux d’origine endogène en picogrammes soit une quantité mille millions de fois inférieure (3).

Le vieillissement des cellules

Les cellules vieillissent -on les dit sénescentes- à tous les stades de la vie. En cause, des modifications de l’ADN qui font que leur division s’arrête, leurs fonctions se dégradent. Avec l’âge, elles ont tendance à s’accumuler dans les tissus car le système immunitaire, qui normalement les aurait détruites, est moins efficient. Ce phénomène touche aussi les cellules souches ou cellules indifférenciées capables de se développer en cellules spécialisées permettant le renouvellement des cellules d’un organe. Certains organes possèdent des cellules souches déjà spécialisées. C’est le cas des cellules à renouvellement très rapide : peau, foie, muqueuse intestinale. Ces cellules souches sont stockées et utilisées lors d’un besoin de renouvellement.

Avec la sénescence des cellules souches, les tissus ont du mal à se régénérer. Par exemple le vieillissement des cellules souches qui donneront naissance à certaines cellules immunitaires explique pour partie la diminution de l’immunité du sujet âgé. Les cellules souches s’épuisent aussi par raccourcissement à la longue des télomères sur les chromosomes et/ou accumulations de lésions de l’ADN.

Ainsi l’épuisement des cellules souches est suspecté de jouer un rôle décisif dans le vieillissement de l’organisme car il freine le renouvellement cellulaire.

L’inflammation chronique et le vieillissement du microbiote intestinal


Face à des agressions l’organisme réagit. Douleur, rougeur, chaleur, gonflement sont les manifestations de la réaction inflammatoire, mécanisme qui permet le maintien de l’intégrité. Lors du vieillissement les causes d’inflammation se multiplient : lésions de tissus, élimination de cellules, cellules sénescentes plus nombreuses… De plus une inflammation de bas grade, chronique, qui agit en sourdine, fait partie intégrante du vieillissement. Ainsi les taux de composés pro-inflammatoires augmentent dans la circulation et les tissus avec l’âge. Un constat fait par les chercheurs sans réponse satisfaisante, jusqu’à des publications très récentes qui mettent en cause le vieillissement du microbiote intestinal. Les modifications du microbiote avec l’âge provoqueraient une perméabilité de l’intestin qui laisse alors passer des composés bactériens reconnus comme « étrangers » par le système immunitaire qui réagit par la sécrétion de composés pro-inflammatoires, qui à la longue créent des dommages (4). Une piste à suivre…

Même si le mythe de l’Homme éternel perdure dans l’imaginaire, on peut déjà choisir de « plus et mieux vieillir » en s’inspirant des modes de vie des peuples centenaires : manger moins et mieux, pratiquer une activité physique régulière (la marche, la natation, le jardinage par exemple), avoir une vie sociale et affective riche, rechercher un environnement sain, gérer le stress et les émotions (l’anxiété ajoute du poids aux années (5)), dormir suffisamment. Pour vieillir en bonne santé. 

Anne Gaillard


1. Vlassara et al. Identifying advanced glycation end products as a major source of oxidants in aging: implications for the management and/or prevention of reduced renal function in elderly persons. Semin Nephrol. 2009 Nov ;29(6) :594-603.
2. Peppa et al.  Advanced glycation end products and cardiovascular disease. Curr Diabetes Rev. 2008 May;4(2):92-100.
3. Chuyen NV. Toxicity of the AGEs generated from the Maillard reaction: on the relationship of food-AGEs and biological-AGEs. Mol Nutr Food Res. 2006 Dec;50(12):1140-9.
4. Netusha Thevaranjan et al. Age-Associated Microbial Dysbiosis Promotes Intestinal Permeability, Systemic Inflammation, and Macrophage Dysfunction. Cell Host & Microbes. Volume 21, Issue 4, p455–466.e4, 12 April 2017.
5. Karoline Lukaschek et al. “In the mood for ageing”: determinants of subjective well-being in older men and women of the population-based KORA-Age study. BMC Geriatr. 2017; 17: 126.

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